VIDEO. Free school: le boom de l’école libre à l’anglaise

La West London Free School, une des premières écoles libres au Royaume-Uni. Elle a ouvert ses portes en septembre 2011.

Avec la création de centaines d’établissements totalement autonomes mais financés par l’Etat, David Cameron révolutionne le système public d’éducation britannique. Un big bang controversé.

C’est un immeuble en brique rouge d’une poignée d’étages, coincé entre une voie de chemin de fer et l’imposant stade de Wembley, sorte de gigantesque soucoupe volante avec son arche métallique plantée au milieu de la ville. Un bâtiment anonyme comme on en trouve des milliers dans la grande banlieue de Londres.

Rien n’indique ici la présence d’une école. Pas de panneau de basket au milieu de la cour, pas de cris d’enfants surexcités à l’heure de la récréation, pas de dessins colorés scotchés aux fenêtres. Rien, à part des caméras de surveillance aux quatre coins du bâtiment et un système de sécurité à l’entrée digne de Fort Knox.

>> Notre dossier sur la rentrée scolaire

C’est pourtant derrière ces hautes grilles en fer noires que l’avenir de l’école tel que l’imagine David Cameron, le Premier ministre britannique, est en train de s’écrire. La Michaela Community School a vu le jour il y a tout juste un an. Jada et Hayley, 20 ans à elles deux, accueillent sagement les visiteurs, chacune raide comme un piquet. Pas un pli sur l’uniforme bleu marine gansé de jaune. Même la cravate file droit.

 

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Libéral ou capitaliste: ce n’est pas la même chose

Capitalisme et libéralisme peuvent toujours se combiner dans les discours politiques et réalités économiques. Mais, en bout de ligne, ils désignent deux mécanismes coopératifs et deux systèmes théoriques distincts. Plus que cela, ces deux systèmes entrent souvent en conflit.

New York, novembre 2014. REUTERS/Mike Segar
New York, novembre 2014. REUTERS/Mike Segar

Certaines erreurs et incompréhensions ont la vie dure, en particulier en économie. Un exemple est la vision qu’ont certains politiciens ou intellectuels, en France et ailleurs, du libéralisme économique[1]. Cette vision est souvent à la fois extensive et restrictive. Elle conduit à justifier trop de dérégulation et pas assez d’intervention.

Deux erreurs sont très répandues.

La première est de confondre libéralisme économique et capitalisme. Le premier justifierait le règne de grandes multinationales dominatrices sur leur marché respectif à partir du moment où une telle situation résulterait d’une compétition (plus ou moins équitable) avec d’autres entreprises. Le concept de «néolibéralisme» illustre ce biais: la défense du libéralisme économique est assimilée à celle de multinationales. Tout au moins, on ne voit pas le problème dans la situation actuelle d’un Apple par exemple.

La seconde erreur est de minimiser le rôle joué par l’Etat moderne dans le fonctionnement des marchés. L’erreur consiste à croire que marchés et entreprises n’auraient nul besoin des institutions publiques pour être efficaces.

Le libéralisme n’est pas le capitalisme

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Emploi, PIB : que pèsent réellement les TPE en France?

Une publication de l’Insee dresse une photographie très précise du poids et de la réalité des très petites entreprises (TPE) en France. De quoi battre en brèche un certain nombre d’idées reçues sur les entreprises…

On a trop tendance en France à réduire le monde entrepreneurial aux seules entreprises du CAC 40. Et pourtant, il n’y a pas que les 40 entreprises du CAC 40 en France, que les 40 plus grandes et puissantes entreprises de l’Hexagone, absolument pas représentatives des autres. D’après le dernier pointage de l’Insee, il y a pas moins de… 3,3 millions d’entreprises dans les secteurs principalement marchands, hors agriculture et services financiers. Et parmi elles, 2,1 millions sont des très petit entreprises (TPE), qui n’ont rien à voir avec leurs grandes sœurs du CAC 40: «Elles emploient en effet moins de 10 salariés, n’appartiennent pas à un groupe, ont un chiffre d’affaires ou un total de bilan inférieur à 2 millions d’euros», selon la définition consacrée.

Bref, les deux tiers des entreprises en France sont des TPE. D’après l’INSEE focus n°24 publié ce lundi matin, elles emploient aujourd’hui 2,3 millions de salariés en équivalent temps plein (ETP), soit 19% du champ marchand. Dit autrement, un salarié sur cinq en France travaille dans une TPE! Les très petites entreprises réalisent 477 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 168 milliards de valeur ajoutée, soit respectivement 13% et 17% du champ. Pour présenter les choses autrement, la part des TPE dans le PIB national est de 9%.

Mais il s’agit là encore de moyenne et plus on rentre dans les détails et plus on s’éloigne du CAC 40. Ainsi d’après l’Insee, 55% des TPE n’ont aucun salarié et 18 % n’en emploient qu’un. «Parmi les 1,2 million de TPE non employeuses, une sur deux réalise moins de 41.400 euros de chiffre d’affaires et une sur quatre, moins de 17.400 euros», note l’institut statistique. Autre grosse différence par rapport aux entreprises du CAC 40? Leur poids dans l’investissement est modeste: 17%. Pis: plus d’une TPE sur deux ne réalise jamais d’investissement.

Globalement, les TPE sont tournées vers l’économie locale. Leur présence à l’export est quasi-nulle: elles représentent moins de 3 % des exports du champ des entreprises privées! Elles œuvrent principalement dans le commerce (22% des TPE), les services aux entreprises (20%) et la construction (17%). Elles ne sont que 7% à être présentes dans l’Industrie, intervenant principalement dans la fabrication de produits de boulangerie-pâtisserie et de pâtes alimentaires (35.000 unités), la production, le transport ou la distribution d’électricité (14.600), l’imprimerie (10.000)…

Quant à gagner de l’argent, là encore, les TPE sont loin des standards souvent mis en avant des entreprises du CAC 40. Parmi les TPE employeuses, un quart a une valeur ajoutée par salarié inférieure à 46.000 euros et un autre quart a un ratio supérieur à 190.000 euros. Des valeurs qui chutent pour les TPE non employeuses car une sur deux dégage une valeur ajoutée inférieure à 16.000 euros. Dit autrement, «600.000 entreprises n’ont pas la possibilité de financer l’équivalent d’un smic annuel à temps plein charges patronales comprises (près de 20.000 euros)», note l’Insee. Soit près de 30% des TPE! Enfin le plus souvent, l’entrepreneur à la tête de la TPE ne se verse pas de salaire ou se rémunère en partie sur le résultat de l’entreprise. Là encore, une sacrée différence avec le standard véhiculé par les entreprises du CAC 40.

Lien de l’article Le Figaro

Le voile dans les religions

Depuis une  vingtaine d’années, les femmes voilées ont fait irruption dans l’espace public. Le voile, ou  » foulard « , peut être « islamique » au sens revendicatif de ce terme. Mais il n’est pas propre à la religion musulmane.


Depuis quand des femmes sont-elles obligées de cacher leurs cheveux ?

La première mention juridique connue instituant l’obligation pour une femme de se couvrir se trouve dans les tablettes assyriennes du roi Téglath-Phalasar I (1115-1077 avant J.-C.) : « Les femmes mariées (…) qui sortent dans les rues n’auront pas leurs têtes découvertes. Les filles d’hommes libres (…) seront voilées (…) La prostituée ne sera pas voilée, sa tête sera découverte. »
Ces dispositions n’avaient rien à voir avec la religion. Elles valaient pour l’Assyrie polythéiste comme pour Israël monothéiste. Elles se retrouvent ensuite presque partout dans le pourtour de la Méditerranée. En Grèce, au Ve siècle av. J.-C., comme en témoigne Hérodote, les femmes mariées étaient voilées. À Rome, la prise de voile devient le prélude au mariage et les vestales, chastes prêtresses de Vesta (la divinité du foyer domestique), rabattent sur leur tête un pan de leur robe pour attester leur consécration au culte.
Les Grecs introduisent le voile en Égypte vers le IIIe siècle av. J.-C. Les Romains initient la coutume à Carthage. Les Arabes, quant à eux, l’héritent de la Perse et font du voile un signe de distinction sociale comme l’atteste la poésie préislamique. Toujours loin d’être un signe religieux, le voile est alors un habit coutumier. Toutes les femmes et jeunes filles honorables du Proche-Orient antique le portent. On trouve également à cette époque le voile, et la claustration qui l’accompagne, dans les antahpuras indiens.
Que disent les textes fondateurs des religions ?


Le judaïsme. Dans la Bible, la Genèse (24, 65; 29, 23-25; 38,14.19) et le Cantique des Cantiques mentionnent le voile des femmes. Ainsi, Rébecca, voyant Isaac, se couvre la tête de son voile. Et le fiancé du Cantique des Cantiques affirme : « Tes yeux sont des colombes à travers ton voile » (Ct 4, 1). La femme non voilée est en revanche comparée à la prostituée : « Découvre tes cheveux, retrousse ta robe, découvre tes cuisses » , dit le prophète Isaïe (47, 2) pour humilier Babylone, ville maudite.
La Bible ne fait pas du port du voile une prescription. La tradition rabbinique a cependant établi un code de «modestie» qui impose aux femmes mariées le port d’un couvre-chef en dehors du foyer conjugal. Aujourd’hui, certaines se contentent de se couvrir à la synagogue. D’autres mettent un foulard ( tichel ) lors qu’elles sont en compagnie. La majorité des femmes juives orthodoxes portent une perruque ( sheitel ). Dans les communautés libérales, par contre, elles choisissent parfois de s’abstenir de tout couvre-chef.
Le christianisme. Dans la Palestine du temps de Jésus, les femmes mariées portaient le voile. Dans la première lettre aux Corinthiens, saint Paul fait de cette coutume un signe de respect religieux : « Tout homme qui prie ou prophétise la tête couverte fait un affront à son chef. Mais toute femme qui prie ou prophétise la tête nue fait affront à son chef, car c’est exactement comme si elle était rasée » (1 Co 11, 2-16). Ce texte, assez obscur, est à l’origine de l’obligation, jusqu’à une époque récente, pour les femmes de se couvrir la tête pour entrer dans une église. Tertullien, évêque de Carthage au IIIe siècle, est allé plus loin : « Une jeune fille sans voile n’est plus vierge », écrit-il.
Pour les protéger, l’Église primitive a demandé aux femmes vierges, ancêtres des religieuses, de porter le voile, signe à l’époque romaine de la femme mariée. Le christianisme a prolongé cette tradition avec la prise de voile des religieuses. Le voile est alors un symbole d’union à Dieu dans la chasteté.

L’islam. Dans le Coran, plusieurs versets, difficiles à traduire et à interpréter, prescrivent aux femmes de porter le voile par pudeur, pour se distinguer des autres femmes et se protéger des regards indélicats. « Ô Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de se couvrir de leurs voiles : c’est pour elles le meilleur moyen de se faire connaître et de ne pas être offensées… »(sourate 33, v. 59).
Le terme employé – jilbâb , au pluriel jilâbîb – désigne l’ample tunique que les femmes arabes portaient alors de façon non systématique. Un autre verset prescrit : « Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leurs atours, de rabattre leurs voiles ( khimâr ) sur leurs poitrines ! » (24, 31) Il est précédé d’un verset qui exhorte les hommes à la chasteté.
Le Coran ne dit rien, en revanche, des caractéristiques de ce voile qui, au temps du prophète Mohammed, comportait plusieurs variantes. Avec l’islam, la coutume millénaire du voile, jusque-là réservé aux femmes de haut rang, s’étend aux autres couches sociales, changeant de forme, d’appellation et de couleur selon les lieux.
MARTINE DE SAUTO


Hidjab, tchador, niqâb, burqa

Dans les années 1970, un terme jusque-là quasi inconnu de la majorité des musulmans a fait son apparition, en même temps que des mouvements islamistes qui en étaient les promoteurs : le hidjab . Dans le Coran, ce mot, qui en arabe signifie « séparation », évoque le voile qui isole Dieu des mortels (sourate 42, v. 51), les élus des damnés (7, 46) ou les croyants des incroyants (17, 45). Dans deux versets, il désigne le voile de séparation entre hommes et femmes (33, 53 ; .9, 17)


Sous l’influence de fondamentalistes qui font du voile une prescription divine et un principe de foi – Leila Babès, professeur de sociologie des religions, parle à ce propos de « supercherie » et de « mystification » (1) –, le hidjab en est venu à désigner la tenue que des musulmanes adoptent comme emblème de leur identité religieuse et parfois signe de leur engagement idéologique. Composé d’une longue mante couvrant tout le corps à l’exception du visage et des mains, et d’un ample foulard noué autour de la tête, cachant les cheveux et le cou, il se décline différemment selon les pays.
En Iran, le tchador , tenue traditionnelle, s’est généralisé avec la Révolution islamique de 1979. Les wahhabites et les salafistes – qui se réfèrent à un islam des origines – imposent le port du niqâb , qui couvre tout le corps, y compris le visage et les mains, appelé ainsi à cause des petits trous (du verbe naqaba : perforer) effectués pour permettre à la femme de voir. En Afghanistan, le niqâb devient laburqa .

En France
La première affaire de « foulard » remonte à octobre 1989, lorsque trois élèves voilées ne sont pas admises en classe dans un collège de Creil (Oise). En 2003, une commission de réflexion, présidée par Bernard Stasi, a estimé que le port ostentatoire de signes religieux était en contradiction avec les règles laïques du système scolaire français.
La loi du 15 mars 2004 dispose que « dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit » .
Sont par conséquent prohibés pour les élèves le voile islamique (quel que soit le nom qu’on lui donne), de même que la kippa juive, le turban sikh ou une croix de dimensions excessives. Les agents du service public demeurent, quant à eux, soumis à un strict devoir de neutralité.

Réalisé par Martine de Sauto

Lien d’origine : http://www.steinbach68.org/voile.htm

Voici 60 ans, l’annulation de la dette allemande

Voici 60 ans, l’annulation de la dette allemande

Eric TOUSSAINT
Voici 60 ans, en février 1953, à Londres était signé un accord historique sur la dette allemande. Les termes de l’accord signé tranchent radicalement avec la manière dont est aujourd’hui traitée la Grèce. Après la seconde guerre mondiale, de multiples conditions ont été réunies pour permettre à l’Allemagne de l’Ouest de se développer rapidement en permettant la reconstruction de son appareil industriel.

Non seulement la dette contractée par l’Allemagne en-dehors des deux guerres mondiales a été réduite de plus de 60%, mais le règlement des dettes de guerre et le paiement des réparations aux victimes civiles et aux Etats ont été reportés à une date indéterminée : de fait, à la réunification allemande qui est intervenue en 1990 et au traité de paix qui a été signé à Moscou la même année entre les autorités des deux Allemagnes en cours d’unification, les Etats-Unis, l’URSS, le Royaume-Uni et la France. Le poids des réparations sur l’économie allemande a donc été longtemps différé. Et dans le cas des réparations dues à la Grèce, celles-ci n’ont pas représenté le moindre effort de la part de l’Allemagne puisque les autorités allemandes refusent de donner suite aux demandes grecques.

A la différence de ce qui s’était passé à l’issue de la première guerre mondiale, les puissances occidentales ont voulu après la seconde guerre mondiale éviter de faire peser sur l’Allemagne le poids de remboursements insoutenables car elles ont considéré qu’ils avaient favorisé l’accession du régime nazi au pouvoir. Les puissances occidentales voulaient également une Allemagne de l’Ouest forte économiquement (mais désarmée et occupée militairement) face à l’Union soviétique et ses alliés. Rien de tel n’est de mise avec la Grèce et les autres pays de la Périphérie au sein de l’Union européenne.

Pour atteindre cet objectif, non seulement le fardeau de la dette a été très fortement allégé et des aides économiques sous forme de dons ont été octroyées à l’Allemagne, mais surtout on lui a permis d’appliquer une politique économique tout à fait favorable à son redéploiement. Les grands groupes industriels privés ont pu se consolider, ceux-là mêmes qui avaient joué un rôle clé dans l’aventure militaire de la première guerre mondiale, dans le soutien aux nazis, dans le génocide des peuples juifs, tsiganes…, dans la spoliation des pays occupés ou annexés, dans la production militaire et l’effort logistique gigantesque de la seconde guerre mondiale. L’Allemagne a pu développer d’impressionnantes infrastructures publiques, elle a pu soutenir ses industries afin de satisfaire la demande locale et de conquérir des marchés extérieurs. L’Allemagne a même été autorisée à rembourser une grande partie de sa dette dans sa monnaie nationale. Pour rendre cela concret, il suffit de réfléchir à la situation qui a suivi l’accord de Londres de 1953. L’Allemagne rembourse par exemple à la Belgique et à la France une partie de ses dettes de l’entre deux guerres en deutsche marks. Ces deutsche marks qui n’avaient pas d’intérêt dans les échanges avec le reste du monde, Belges et Français ont essayé de s’en débarrasser rapidement en achetant des marchandises et des équipements fournis par l’économie allemande et contribué à refaire de l’Allemagne une grande puissance exportatrice.

De leur côté, la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Estonie, la Slovénie et les autres pays périphériques de la zone euro doivent rembourser leurs dettes publiques en euros alors qu’ils en manquent vu leur déficit commercial face aux pays les plus forts de la zone euro. Dans le même temps, les puissances qui dominent la zone euro les obligent, via la Commission européenne et les traités adoptés, à mener des politiques qui les empêchent tant de satisfaire la demande de leur marché que d’exporter. S’ils veulent quand même réussir à exporter, ils sont poussés à réduire encore plus les salaires, ce qui comprime un peu plus la demande intérieure et accentue la récession. Le programme de privatisation achève de porter des coups à leur appareil industriel, à leurs infrastructures et à leur patrimoine en général.

L’accord de Londres de 1953 sur la dette allemande

L’allègement radical de la dette de la République fédérale d’Allemagne (RFA) et sa reconstruction rapide après la seconde guerre mondiale ont été rendus possibles grâce à la volonté politique de ses créanciers, c’est-à -dire les États-Unis et leurs principaux alliés occidentaux (Grande-Bretagne, France). En octobre 1950, ces trois alliés formulent un projet dans lequel le gouvernement fédéral allemand reconnaît l’existence des dettes des périodes précédant et suivant la guerre. Les alliés y joignent une déclaration signifiant que « les trois pays sont d’accord que le plan prévoit un règlement adéquat des exigences avec l’Allemagne dont l’effet final ne doit pas déséquilibrer la situation financière de l’économie allemande via des répercussions indésirables ni affecter excessivement les réserves potentielles de devises. Les trois pays sont convaincus que le gouvernement fédéral allemand partage leur position et que la restauration de la solvabilité allemande est assortie d’un règlement adéquat de la dette allemande qui assure à tous les participants une négociation juste en prenant en compte les problèmes économiques de l’Allemagne » [2].

La dette réclamée à l’Allemagne concernant l’avant-guerre s’élève à 22,6 milliards de marks si on comptabilise les intérêts. La dette de l’après-guerre est estimée à 16,2 milliards. Lors d’un accord conclu à Londres le 27 février 1953 [3], ces montants sont ramenés à 7,5 milliards de marks pour la première et à 7 milliards de marks pour la seconde [4]. En pourcentage, cela représente une réduction de 62,6%.

De surcroît, l’accord établit la possibilité de suspendre les paiements pour en renégocier les conditions si survient un changement substantiel limitant la disponibilité des ressources [5].

Pour s’assurer que l’économie de l’Allemagne occidentale est réellement relancée et qu’elle constitue un élément stable et central dans le bloc atlantique face au bloc de l’Est, les Alliés créanciers font des concessions très importantes aux autorités et aux entreprises allemandes endettées qui vont bien au-delà d’une réduction de dette. On part du principe que l’Allemagne doit être en condition de rembourser tout en maintenant un niveau de croissance élevé et une amélioration des conditions de vie de la population. Rembourser sans s’appauvrir. Pour cela, les créanciers acceptent primo que l’Allemagne rembourse dans sa monnaie nationale, le deutsche mark, l’essentiel de la dette qui lui est réclamée. A la marge, elle rembourse en devises fortes (dollars, francs suisses, livres sterling…). Secundo, alors qu’au début des années 1950, le pays a encore une balance commerciale négative (la valeur des importations dépassant celle des exportations), les puissances créancières acceptent que l’Allemagne réduise ses importations, elle peut produire elle-même des biens qu’elle faisait auparavant venir de l’étranger. En permettant à l’Allemagne de substituer à ses importations des biens de sa propre production, les créanciers acceptent donc de réduire leurs exportations vers ce pays. Or, 41% des importations allemandes venaient de Grande-Bretagne, de France et des États-Unis pour la période 1950-51. Si on ajoute à ce chiffre la part des importations en provenance des autres pays créanciers participant à la conférence (Belgique, Hollande, Suède et Suisse), le chiffre total s’élève même à 66%.

Tertio, les créanciers autorisent l’Allemagne à vendre ses produits à l’étranger, ils stimulent même ses exportations afin de dégager une balance commerciale positive. Ces différents éléments sont consignés dans la déclaration mentionnée plus haut : « La capacité de paiement de l’Allemagne, de ses débiteurs privés et publics, ne signifie pas uniquement la capacité de réaliser régulièrement les paiements en marks allemands sans conséquences inflationnistes, mais aussi que l’économie du pays puisse couvrir ses dettes en tenant compte de son actuelle balance des paiements. L’établissement de la capacité de paiement de l’Allemagne demande de faire face à certains problèmes qui sont : 1. la future capacité productive de l’Allemagne avec une considération particulière pour la capacité productive de biens exportables et la capacité de substitution d’importations ; 2. la possibilité de la vente des marchandises allemandes à l’étranger ; 3. les conditions de commerce futures probables ; 4. les mesures fiscales et économiques internes qui seraient nécessaires pour assurer un superavit pour les exportations. » [6]

En outre, en cas de litige avec les créanciers, en général, les tribunaux allemands sont compétents. Il est dit explicitement que, dans certains cas, « les tribunaux allemands pourront refuser d’exécuter […] la décision d’un tribunal étranger ou d’une instance arbitrale. » C’est le cas, lorsque « l’exécution de la décision serait contraire à l’ordre public » (p. 12 de l’Accord de Londres).

Autre élément très important, le service de la dette est fixé en fonction de la capacité de paiement de l’économie allemande, en tenant compte de l’avancée de la reconstruction du pays et des revenus d’exportation. Ainsi, la relation entre service de la dette et revenus d’exportations ne doit pas dépasser 5%. Cela veut dire que l’Allemagne occidentale ne doit pas consacrer plus d’un vingtième de ses revenus d’exportation au paiement de sa dette. Dans la pratique, l’Allemagne ne consacrera jamais plus de 4,2% de ses revenus d’exportation au paiement de la dette (ce montant est atteint en 1959). De toute façon, dans la mesure où une grande partie des dettes allemandes était remboursée en deutsche marks, la banque centrale allemande pouvait émettre de la monnaie, en d’autres mots monétiser la dette.

Une mesure exceptionnelle est également décidée : on applique une réduction drastique des taux d’intérêts qui oscillent entre 0 et 5%.

Une faveur d’une valeur économique énorme est offerte par les puissances occidentales à l’Allemagne de l’Ouest : l’article 5 de l’accord conclu à Londres renvoie à plus tard le règlement des réparations et des dettes de guerre (tant celles de la première que de la deuxième guerre mondiale) que pourraient réclamer à la RFA les pays occupés, annexés ou agressés (ainsi qu’à leurs ressortissants).

Enfin, il faut prendre en compte les dons en dollars des États-Unis à l’Allemagne occidentale : 1,17 milliard de dollars dans le cadre du Plan Marshall entre le 3 avril 1948 au 30 juin 1952 (soit environ 10 milliards de dollars aujourd’hui) auxquels s’ajoutent au moins 200 millions de dollars (environ de 2 milliards de dollars d’aujourd’hui) entre 1954 et 1961 principalement via l’agence internationale de développement des États-Unis (USAID).

Grâce à ces conditions exceptionnelles, l’Allemagne occidentale se redresse économiquement très rapidement et finit par absorber l’Allemagne de l’Est au début des années 1990. Elle est aujourd’hui de loin l’économie la plus forte d’Europe.

Allemagne 1953 / Grèce 2010-2012

Si nous risquons une comparaison entre le traitement auquel la Grèce est soumise et celui qui a été réservé à l’Allemagne après la seconde guerre mondiale, les différences et l’injustice sont frappantes. En voici une liste non-exhaustive en 11 points :

1.- Proportionnellement, la réduction de dette accordée à la Grèce en mars 2012 est infiniment moindre que celle accordée à l’Allemagne.

2.- Les conditions sociales et économiques qui sont assorties à ce plan (et à ceux qui ont précédé) ne favorisent en rien la relance de l’économie grecque alors qu’elles ont contribué largement à relancer l’économie allemande.

3.- La Grèce se voit imposer des privatisations en faveur des investisseurs étrangers principalement alors que l’Allemagne était encouragée à renforcer son contrôle sur les secteurs économiques stratégiques, avec un secteur public en pleine croissance.

4.- Les dettes bilatérales de la Grèce (vis-à -vis des pays qui ont participé au plan de la Troïka) ne sont pas réduites (seules les dettes à l’égard des banques privées l’ont été) alors que les dettes bilatérales de l’Allemagne étaient réduites de 60% ou plus. Sans oublier les réparations de guerre reportées à une date indéterminée.

5. – La Grèce doit rembourser en euros alors qu’elle est en déficit commercial (donc en manque d’euros) avec ses partenaires européens (notamment l’Allemagne et la France), tandis que l’Allemagne remboursait l’essentiel de ses dettes en deutsche marks fortement dévalués.

6. – La banque centrale grecque ne peut pas prêter de l’argent au gouvernement grec alors que la Deutsche Bank prêtait aux autorités allemandes et faisait fonctionner (certes modérément) la planche à billets.

7. – L’Allemagne était autorisée à ne pas consacrer plus de 5% de ses revenus d’exportation au paiement de la dette alors qu’aucune limite n’est fixée dans le cas actuel de la Grèce.

8. – Les nouveaux titres de la dette grecque qui remplacent les anciens dus aux banques ne sont plus de la compétence des tribunaux grecs, ce sont les juridictions du Luxembourg et du Royaume-Uni qui sont compétentes (et on sait combien elles sont favorables aux créanciers privés) alors que les tribunaux de l’Allemagne (cette ancienne puissance agressive et envahissante) étaient compétents.

9. – En matière de remboursement de la dette extérieure, les tribunaux allemands pouvaient refuser d’exécuter des sentences des tribunaux étrangers ou des tribunaux arbitraux au cas où leur application menaçait l’ordre public. En Grèce, la Troïka refuse bien sûr que des tribunaux puissent invoquer l’ordre public pour suspendre le remboursement de la dette. Or, les énormes protestations sociales et la montée des forces néo-nazies sont directement la conséquence des mesures dictées par la Troïka et par le remboursement de la dette. Malgré les protestations de Bruxelles, du FMI et des « marchés financiers » que cela provoquerait, les autorités grecques pourraient parfaitement invoquer l’état de nécessité et l’ordre public pour suspendre le paiement de la dette et abroger les mesures antisociales imposées par la Troïka.

10.- Dans le cas de l’Allemagne, l’accord établit la possibilité de suspendre les paiements pour en renégocier les conditions si survient un changement substantiel limitant la disponibilité des ressources. Rien de tel n’est prévu pour la Grèce.

11. – Dans l’accord sur la dette allemande, il est explicitement prévu que le pays puisse produire sur place ce qu’il importait auparavant afin d’atteindre un superavit commercial et de renforcer ses producteurs locaux. Or la philosophie des accords imposés à la Grèce et les règles de l’Union européenne interdisent aux autorités grecques d’aider, de subventionner et de protéger ses producteurs locaux, que ce soit dans l’agriculture, l’industrie ou les services, face à leurs concurrents des autres pays de l’UE (qui sont les principaux partenaires commerciaux de la Grèce).

On pourrait ajouter que l’Allemagne, après la seconde guerre mondiale, a reçu des dons dans une proportion considérable, notamment, comme on l’a vu plus haut, dans le cadre du Plan Marshall.

Depuis 2010, dans les pays les plus forts de la zone euro, la plupart des dirigeants politiques, appuyés par les médias dominants, vantent les mérites de leur supposée générosité à l’égard du peuple grec et d’autres pays fragilisés de la zone euro qui font la une de l’actualité (Irlande, Portugal, Espagne…). Dans ce contexte, on appelle « plans de sauvetage » des mesures qui enfoncent encore un peu plus l’économie des pays qui les reçoivent et qui contiennent des reculs sociaux inédits au cours des 65 dernières années en Europe. S’y ajoute l’arnaque du plan de réduction de la dette grecque adopté en mars 2012 qui implique une réduction des créances dues par la Grèce aux banques privées de l’ordre de 50%[7] alors que ces créances avaient perdu entre 65 et 75% de leur valeur sur le marché secondaire. La réduction des créances des banques privées est compensée par une augmentation des créances publiques aux mains de la Troïka et débouche sur de nouvelles mesures d’une brutalité et d’une injustice phénoménales. Cet accord de réduction de la dette vise à enchaîner définitivement le peuple grec à une austérité permanente, il constitue une insulte et une menace pour tous les peuples d’Europe et d’ailleurs. Selon les services d’étude du FMI, en 2013, la dette publique grecque représentera 164% du Produit intérieur brut, c’est dire que la réduction annoncée en mars 2012 n’aboutira pas à un allègement réel et durable du fardeau de la dette qui pèse sur le peuple grec.

Pour voir une véritable solution au drame de la dette et de l’austérité, il faudra encore de puissantes mobilisations sociales en Grèce et dans le reste de l’Union européenne ainsi que l’accession au pouvoir d’un gouvernement du peuple à Athènes. Il faudra un acte unilatéral de désobéissance provenant des autorités d’Athènes (soutenues par le peuple), telles la suspension du remboursement et l’abrogation des mesures antisociales, pour forcer les créanciers à des concessions d’envergure et imposer enfin l’annulation de la dette illégitime. La réalisation à une échelle populaire d’un audit citoyen de la dette grecque doit servir à préparer le terrain. Lire la suite

l’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI)

Mobilisation générale !

La Commission européenne se propose de faire revivre l’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI), victorieusement combattu dans les années 1990. Cet Ami qui nous veut du mal porte aujourd’hui un nouveau nom, le RDIE (Règlement des différends entre investisseurs et États), mais son principe reste le même : permettre aux multinationales de contester des politiques publiques, en portant plainte contre les États devant des tribunaux internationaux où le droit belge n’est pas d’application. A la clé, les multinationales peuvent s’en prendre à des politiques sociales (comme le salaire minimum ou le maintien de l’index) et, en cas de victoire, gagner des millions d’euros de dommages et intérêts payés avec l’argent de nos impôts !

Il est essentiel de répondre massivement et le plus vite possible (impérativement avant le 6 juillet 2014) à ce questionnaire pour faire échouer ce projet antidémocratique, qui s’inscrit par ailleurs dans un projet plus large : la création un marché transatlantique entre l’Europe et les États-Unis.

 

Liens vers le site

Collectif «Pour un Pôle public financier au service des Droits»

Financement du logement social

et des besoins économiques, sociaux et environnementaux :

 Le gouvernement prêt à renoncer au doublement du plafond

et à envisager une baisse du taux du Livret A

Pour une véritable réforme de l’épargne populaire !

 Le Journal du Dimanche vient d’annoncer que le ministre Michel Sapin est prêt à enterrer la réforme du Livret A (renoncement à doubler le plafond du Livret A pour le porter à 30.600 euros). Cette information a immédiatement été reprise par de très nombreux organes de presse, ce qui atteste de sa crédibilité

Ce renoncement devrait être porté à l’ordre du jour, dans deux semaines, d’un « Comité pour la place financière de Paris à l’horizon 2020 » qui réunira toutes les banques de la Place.

Le 25 avril 2012,  entre les deux tours de l’élection présidentielle, le candidat Hollande présentait les grandes mesures de son éventuel mandat lors d’une conférence de presse. La hausse du plafond du Livret A y était abordée et le candidat insiste : « Je doublerai immédiatement, je dis bien immédiatement, le plafond du Livret A et du Livret de Développement durable. »

 

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L’appel à une République nouvelle

 |  PAR LES INVITÉS DE MEDIAPART

L’avocat Jean-Pierre Mignard, l’historien Benjamin Stora et la philosophe Cynthia Fleury lancent dans Mediapart un appel à une République nouvelle afin de donner au peuple « les moyens d’une expression démocratique, fondée sur des valeurs sociales, humanistes et écologiques »« La réponse économique ne suffira pas », lancent-ils à l’adresse du présidentde la République.

L’avocat Jean-Pierre Mignard, l’historien Benjamin Stora et la philosophe Cynthia Fleury lancent dans Mediapart un appel à une République nouvelle afin de donner au peuple« les moyens d’une expression démocratique, fondée sur des valeurs sociales, humanistes et écologiques »« La réponse économique ne suffira pas », lancent-ils à l’adresse du président de la République. Jean-Pierre Mignard (par ailleurs, avocat de Mediapart) est connu pour ses engagements au Parti socialiste et pour sa proximité amicale avec François Hollande. Benjamin Stora a soutenu la candidature présidentielle de François Hollande qu’il lui est arrivé de conseiller avant comme après son élection. Cynthia Fleury, membre fondateur de Roosevelt 2012, a accompagné la naissance de Nouvelle Donne.

Il faut à la France une République nouvelle. Peu importe sa numérotation.

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Au commencement était le Verbe…

Le populisme, conséquence de la ruine d’un système politique

Publié par Frédéric LOVEGIVER
L’extrême droite est-elle le nouvel opium des peuples ? A mon humble avis de buveur d’eau, il s’agit plutôt d’une mauvaise gnôle frelatée qui va finir par rendre aveugles ses consommateurs.Image

Depuis quelques années il est communément admis que l’alcoolisme quotidien, même en petite quantité, est une forme pernicieuse d’alcoolisme. En stigmatisant l’alcool excessif et l’ivresse, ou en le réduisant à un phénomène culturel, le petit buveur quotidien excuse sa propre consommation qu’il estime raisonnable. Pourtant, celle-ci est le signe d’un mal plus profond, généralement la dépression, que le buveur noie dans une fuite alcoolisée.

Quand notre système politique prend l’eau, faut-il s’étonner que les électeurs prennent l’habitude d’un petit verre d’extrême droite ? Pensant qu’il ne s’agit pas d’un alcoolisme excessif, ils en consomment de plus en plus régulièrement et puis un jour : crac ! tout le pays se réveille avec la gueule de bois.

Les problèmes avaient commencé dans les années 70 avec une première crise dont le commun ne mesurait encore pas toutes les implications à long terme. Le choc pétrolier, qui cassa irrémédiablement la croissance, ne fut aucunement vécu comme un traumatisme. Il y avait bien des chômeurs, mais globalement ça tournait encore plutôt bien avec une croissance annuelle de l’ordre de 6%. Nos parents (pour les plus jeunes dont je fais encore partie, gnarf) racontent encore comment ils pouvaient, en changeant de trottoir, trouver un nouveau job dans la minute. Mais le mal était là, et l’arrivée de la gauche en 81 le révélait à la France entière. Pour notre vieille France ancrée à droite, ce grand soir gauchiste, qui rassemblait socialistes et communistes, fit naître une envie de revanche.

Depuis notre pays connait une alternance systématique qui est un signe qui ne trompe pas : les français, mécontents, changent l’équipe au pouvoir à chaque élection ou presque. Dans le même temps, un petit parti s’enracine dans le paysage politique français et, malgré les dérapages répétés de son leader très charismatique, devient de moins en moins petits. Ses membres, militants, sympathisants et électeurs sont les tenants d’une droite dure composée de multiples courants : cathos, poujadistes, racistes, antisémites, royalistes, tous sont les bienvenus au sein de cette formation qui n’a d’autres ambitions que de cracher sa haine de la France républicaine et de trouver des boucs émissaires afin de purger les difficultés que rencontre le pays.
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Quand la BNP se prêtait à des achats d’armes pour achever les Tutsi

Publié le 14 mai 2014 (rédigé le 4 avril 2014) par Jacques Morel : Article original

ThèmesComplicité de la France dans le génocide des Tutsi au RwandaOrganisation des Nations UniesVentes d’armesBNP ParibasUne
En plein embargo sur les armes pour le Rwanda, pendant le génocide, les achats ont continué via de grandes banques, en particulier françaises.

Le 18 mai 1994, le Conseil de sécurité adopta un embargo sur les livraisons d’armes à destination du Rwanda en vertu du chapitre VII de la charte des Nations Unies [1]. La France vota pour alors que le général Quesnot, chef d’état­-major particulier du Président de la République, y était opposé. Il faisait observer début mai à François Mitterrand que « les forces gouvernementales rwandaises sont à court de munitions et d’équipements militaires. Mais, poursuivait-­il, le Quai d’Orsay, faisant état de l’opinion publique et de la nécessité de ne pas alimenter le conflit, estime nécessaire d’appuyer la proposition américaine d’embargo sur les armes et les munitions à destination du Rwanda. » [2]

Bagosora fait son marché aux Seychelles

Le 24 juin 1994, l’ambassade états­ unienne aux îles Seychelles informa Washington de ses démarches auprès du président René au sujet d’une livraison d’armes au Zaïre destinée en réalité au Rwanda. Celui­-ci admit qu’ils avaient pu être abusés et l’a faite interrompre [3].

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